Condé Mohamed: Ingénieur et styliste engagé pour l’Afrique

CONDÉ Mohamed Naman, est étudiant en Master 2 de génie civil à l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement (2iE) à Ouagadougou. Avant cela, il a obtenu une licence en génie civil à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry et un Bachelor en Sciences de l’Eau et de l’Environnement à 2iE. En parallèle, il est styliste et promoteur de la Marque de vêtements Adamed Yayuss AY.
Pour couronner le tout, Condé est alumni du programme YALI, session 15 Business & Entrepreneurship CRL-Dakar.

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1) En tant qu’ingénieur en génie civil, comment vous vous êtes retrouvé dans la mode?

Ingénieur génie civil et mode, deux mondes qui semblent être différents mais qui, pour moi ont beaucoup de points communs. Pour l’un ou l’autre, la créativité et l’imagination sont indispensables. C’est justement ce qui m’a poussé vers ces métiers.
La mode pour moi, c’est une passion, une longue histoire d’amour. J’aime bien la sape depuis tout petit, mais ma collaboration avec les couturiers a souvent été la déception sur plusieurs plans. C’est ainsi qu’en 2009, suivant les conseils de ma mère, j’ai décidé d’apprendre à coudre mes vêtements pour être indépendant. Et depuis , ma passion pour la mode n’a cessé de grandir.

Ingénieur génie civil et mode, deux mondes qui semblent être différents mais qui, pour moi ont beaucoup de points communs. Pour l’un ou l’autre, la créativité et l’imagination sont indispensables.

2) L’Afrique ressort généralement dans vos créations. Que vous inspire le continent africain?

Oui effectivement, je me réclame Panafricain, et donc l’Afrique occupe une place de choix dans mes créations.
Le continent Africain est le berceau de l’humanité et la mère des plus grandes civilisations du monde. De ce fait elle a des cultures très riche que j’essaie de valoriser. Naturellement, c’est pour moi une source d’inspiration inépuisable.

3) Pensez-vous que la mode africaine atteindra des sommets internationaux? Selon vous, qu’est-ce qui freine son évolution?

Les sommets ? Oui évidemment, nous avons tout pour atteindre les sommets et rivaliser avec les plus grands d’ailleurs.
Son évolution est ralenti par le manque de grand rêve des acteurs de la mode à l’instar des autres secteurs. Nous avons besoin de rêver mais surtout de rêver grand. Nous devons mettre à profit notre imagination et notre créativité pour atteindre ces sommets.

Nous devons faire en sorte que nos richesses nous profitent. Nous sommes producteurs de coton, nous devons en profiter.

Il faut aussi que la population d’Afrique comprenne qu’elle doit soutenir les initiatives dans le domaine de la mode.

4) Pourquoi les vêtements des créateurs africains ont un coût élevé pour une population aux revenus modestes?

Notre plus grand souhait c’est de voir tous les africains porter les créations des créateurs du continent. Mais beaucoup de facteurs rendent ce rêve un peu compliqué à réaliser.

  • le coût unitaire de la production
  • manque de production en masse
  • manque d’accompagnement politique
  • concurrence déloyale avec les produits importés

5) Que faites-vous face à la concurrence asiatique et ses vêtements bon marché?

Pour moi, c’est incompréhensible qu’on veuille se sortir de la pauvreté sans créer de la richesse chez nous. C’est pourquoi nous nous basons surtout sur la sensibilisation et la conscientisation de la nouvelle génération de jeunes africains. Nous avons grand intérêt à contrôler notre consommation et à faire des sacrifices dans ce sens. À un moment donné qu’on accepte de porter du AY, du Black ou du B.KOSS même si c’est plus chère que les vêtements asiatiques bon marché et de qualité moindre. C’est ça aussi l’amour de la patrie.

C’est en consommant Local, que l’on réduit la pauvreté, on crée des emplois et surtout on développe nos petites entreprises.

AY Condé agounda


Un fait encore frustrant, c’est de constater qu’au 21ème siècle, nous africains, continuons de donner de la valeur aux déchets des autres. Vous avez sans doute compris que je veux parler des friperies qu’on nous balance en rapatriant des devises chez eux. C’est dommage et insultant pour un peuple qui se respecte et qui veut attirer le respect des autres peuples.
Nous avons du potentiel chez nous, aimons nous les uns les autres et soutenons notre production locale en y investissant et en la consommant. C’est ainsi qu’on pourra barrer la route aux envahisseurs et prendre le contrôle de notre marché.


Pour donc contribuer à ce combat, nous n’hésitons pas à faire don de certains articles ou baisser considérablement nos prix pour le plaisir de voir les personnes avec de revenus faibles porter la production locale.

7) La covid-19 a-t-il eu un impact sur votre business ?

Oui évidemment, la covid-19 continue de ralentir nos activités. Nous avons beaucoup de clients à travers l’Afrique et le monde. Nous faisons donc très souvent des livraisons dans d’autres pays mais avec la fermeture des frontières due au covid-19, cela est très difficile aujourd’hui. Aussi pendant la période de confinement, les marchés étaient fermés donc on ne pouvait pas se procurer les matériels et les matières premières pour la production.


C’est pourquoi nous ne ménageons aucun effort pour lutter contre cette pandémie en faisant des sensibilisations et en produisant des masques de protection qu’on offre à certaines personnes et qu’on vend à des prix sociaux à d’autres personnes.

8) Quels sont vos projets pour AY?

Chez AY, nous rêvons grand et nous travaillons sans relâche pour réaliser ce rêve.
Nous voulons faire de cette marque une référence dans le domaine de la mode sur le plan international. D’abord, nous cherchons à produire suffisamment de vêtements pour permettre à l’imiter les importations de vêtements et nous comptons participer à la formation de la main d’oeuvre. Mais ce n’est que le début, ensuite nous voulons produire du textile en Afrique, ce qui pourrait baisser les coûts de production des vêtements. Et plus tard, investir dans la production du coton et permettre à nos pauvres agriculteurs de bénéficier du fruit de leurs efforts.

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